Béton/ Extractivisme / Artificialisation
La filière de la construction, autrement dit du BTP, est un des secteurs les plus dévastateurs au monde. Les chiffres qui en découlent dépassent tout ce que l’on peut imaginer. Emissions carbones, extractivisme, artificialisation des sols, destruction de la biodiversité, exploitation des ouvrier-es, accaparement des terres et du foncier pour les intérêts capitalistes des bétonneurs.
Le secteur engendre plus de 37% des émissions de CO2 mondiales (1). Il repose sur un matériau: le béton de ciment. C’est le plus produit au monde. 4,6 milliards de tonnes sont produites chaque année (2).
Pour le fabriquer, il faut du ciment, du sable, du granulat et de l’eau. Le sable est la deuxième ressource non renouvelable extraite après l’eau. En France, on extrait l’équivalent de 18 kg par jour par habitant (3). L’extraction en rivière ou en mer provoque l’érosion des berges et des côtes, et a des conséquences irrémédiables sur la biodiversité et sur l’eau. Il faut d’ailleurs laver le sable marin à l’eau douce pour l’utiliser. Ces sites d’extraction ont un impact direct sur les nappes phréatiques et sur les sources d’eau à proximité. Ces trous servent ensuite de poubelles pour enfouir des déchets inertes – qui ne sont plus inertes au contact de l’eau – considéré comme de la valorisation. 76% des déchets en France sont issus du BTP. Dans la loi ZAN, les carrières – pour extraire puis enfouir – ne sont d’ailleurs pas considérées comme des sols articialisés. Toutes les étapes de la filière sont enrobées d’un vocabulaire greenwashé. Nous ne sommes pas dupes.
Les sols, les ressources minérales, l’eau, le vivant, sont déplacés, épuisés, troqués, échangés au bon vouloir des bétonneurs. L’artificialisation est une des premières causes de la perte de biodiversité au monde. 50% de la disparition des espèces serait dûe à ce phénomène. 24 000 hectares de terres disparaissent tous les ans en France. 70% de ces sols artificialisés sont imperméables. Et un sol imperméable ne stocke plus de carbone, et aggrave considérablement les risques d’inondations et les îlots de chaleur.
L’industrie, qui ne peut plus nier la catastrophe en cours, a choisi d’y répondre en s’attaquant au carbone: par des recettes plus ou moins discustables de béton et ciment bas carbone, par une mascarade autour du recyclage, un remplacement des énergies fossiles de leurs fours par des déchets ou encore par des projets de stockage carbone dans les fonds marins. Encore une fois: nous ne sommes pas dupes. Rien n’est fait pour ralentir ou remettre en question l’hégémonie des bétonneurs. Ces multinationales négocient main dans la main avec l’Etat complice. Leurs grands projets d’infrastructures, soit disant dit d’intérêt publics et exceptions à la loi ZAN, vont bétonner plus de 12 000 hectares de terres (à vérifier).
Pilier du système capitaliste, la filière du béton exploite les sols, le vivant et les corps. C’est un des secteurs qui exploite le plus de travailleur-euses sans papiers, qui engendre 14% des accidents du travail, 16% des maladies professionnelles et 19% des décès. Les lobbys de cette filière continuent de faire pression pour imposer la construction neuve bétonnant des terres et justifiant la démolition de quartiers entiers partout en France. Renouvellement urbain qui n’est autre qu’un renouvellement des habitantes et habitants au profit de la spéculation immobilière et la gentrification.
Partout en France, des luttes se soulèvent contre cette filière qui est entrain de toutes et tous nous couler. Que cela soit contre des carrières, contre un tunnel, une autoroute, un entrepôt logistique, pour la régularisation de papiers de travailleurs, pour un travail artisanal digne, pour la maintenance du bâti existant, pour réquisitionner des bâtiments vides plutôt que d’en construire, contre un écoquartier qui va bétonner des jardins ouvriers… partout en France, faisons entendre nos voix à l’unissons pour fissurer le béton.
(2)(3) https://www.anah.gouv.fr/actualites/faut-il-laisser-tomber-le-beton
