Aujourd’hui, l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (Unicem) s’inquiète dans un communiqué du printemps des luttes locales, qui risque de « bloquer, occuper, voire perturber des sites industriels »
L’Unicem a raison : l’industrie du béton de ciment et de l’artificialisation des sols a raison de s’inquiéter, car il est temps de la mettre à l’arrêt ! Et si quelques premières affiches suffisent à la faire trembler, nul doute que le week-end d’actions du 23 au 26 mai la fera vasciller.
« L’Unicem refuse que ces salariés deviennent les victimes d’actions militantes qui les désignent injustement », et nous sommes bien d’accord ! Heureusement, le printemps des luttes locales a bien cela en tête et des syndicats, ouvrier·e·s et professionnel·le·s de l’industrie qui souhaitent travailler avec dignité sans détruire leur santé ont déjà rejoint la campagne d’action. On sera aux côtés des salarié·e·s du secteur qui sont en effet en danger et représentent 14% des accidents du travail, 16% des maladies professionnelles et 19% des décès dus au travail. En plus d’être mortifière, elle exploite massivement des travailleureuses précaires et sans papiers. Les salarié-es ne sont pas des victimes d’actions citoyennes mais bien de l’industrie du BTP elle même. « Leurs outils de travail », dont l’Unicem semble se soucier, ont robotisé l’acte de construire, les gestes et ont fait disparaitre des siècles de savoirs faire.
« S’attaquer aux matériaux, c’est bloquer le pays » car « sans matériaux, pas de transition écologique » affirme l’Unicem, et c’est peut être là notre point de désaccord : vendre la bétonisation massive qui détruit la biodiversité et le climat comme un moyen de transition écologique on nous l’avait encore jamais faite ! Par ailleurs, la France regorge de matières naturelles et de filières biosourcées respectueuses du vivant.
Pour nous, raser chaque année 24 000 ha de terres agricoles et naturelles c’est ça bloquer le pays, et de manière quasi-irréversible. Et ce pour des projets complètement contraires à « la transition écologique » ou adressant la crise sociale du logement comme indiqué sur la carte des luttes recensant 700 projets absurdes et combattus par les habitant·e·s : https://lutteslocales.gogocarto.fr/map
Comme l’Unicem, nous pensons qu’il faut maintenant une « réponse claire et ferme des pouvoirs publics » : des décisions qui arrêtent l’artificialisation, et des moratoires sur les projets polluants et imposés qui ravagent nos territoires, une vraie politique sociale pour défendre un logement pour tous-tes.
Mais nous savons bien que nous ne pourrons pas changer les politiques locales et nationales, sous pression des logiques capitalistes d’aménagement du territoire, sans un rapport de force qui rende nos luttes incontournables. C’est pour cela que l’on fait ce printemps des luttes !
Pour inciter les nouvelle·aux élu·es à réagir, pour stopper ces nouveaux projets gargantuesques, pour décider collectivement de l’avenir que nous voulons donner à nos villes et campagnes et arrêter de bétonner contre l’avis des habitant·e·s : rejoignez le printemps des luttes locales !
Malgré les grands engagements1 de zéro artificialisation et de préservation du vivant, le constat est accablant : la France continue de bétonner massivement ses terres agricoles et naturelles.
Chaque année, plus de 24 000 hectares sont encore artificialisés2, soit cinq terrains de football par heure, et cette destruction massive ne ralentit pas. La bétonisation imperméabilise les sols, tandis que l’extraction des granulats artificialise les terres agricoles et détruit les nappes souterraines, le plus souvent de façon irrémédiable. Le ciment, ingrédient indispensable à la fabrication du béton, est responsable de 8 % des émissions de CO2 mondiales, et de la disparition des habitats naturels, première cause de l’extinction de la biodiversité.
Et tout cela, pour qui, et pour quoi ? Dans le Tarn, on rase 430 hectares pour l’A69 et gagner une poignée de minutes pour les quelques-uns qui pourront se payer le péage chaque jour – et une cinquantaine d’autres projets similaires sont prévus en France. En Picardie, on rase et on creuse 3 200 hectares de terres pour un canal qui ne fera qu’accélérer le transport de porte-containers, au profit de l’empire logistique et de la consommation de masse de produits venus de toujours plus loin. Dans les Alpes, on bétonne déjà en prévision des JO 2030 pour multiplier des hôtels de luxe et équipements qui seront abandonnés peu après. En périphérie des centres urbains, on rase les derniers espaces verts et les friches pour y mettre des data centers et soutenir la massification de l’IA. Pour poursuivre le tout-béton, on éventre des collines et des montagnes pour de nouvelles carrières à travers la France, on rase des forêts, recouvre des zones humides de ZAC, d’entrepôts et de centres commerciaux qui ne répondent qu’aux besoins d’un capitalisme prédateur, jamais à celui des habitant·e·s.
Cette destruction se fait jour après jour en bande organisée, et les responsables sont bien connus. Ce sont ces nombreux maires bétonneurs qui signent à la moindre fausse promesse d’emploi ou perspective de gains court-termistes d’un projet. Ce sont les préfets qui autorisent ces projets en détournant le droit de l’environnement pour ne pas l’appliquer. Ce sont les ministres et parlementaires qui détricotent la loi ZAN, et qui loi après règlement, comme avec la bien connue loi Duplomb, accélèrent toujours les procédures et réduisent toujours le simple droit de contester un projet d’urbanisme. Ce sont les entreprises du BTP qui, droguées à l’argent public, font pression pour continuer à bétonner comme dans les années 1960. Ce sont les multinationales du béton comme Lafarge-Holcim, ou les acharnés de la route comme Vinci Autoroute ou Atosca, dont le modèle économique tout entier dépend du fait de construire des infrastructures perfusées aux milliards d’argent public.
Mais depuis plusieurs années un front se lève contre l’artificialisation des sols et le monde du béton. Dès 2020, des actions fins de chantier menées par Extinction Rebellion commençaient à occuper et dénoncer les cimenteries, tandis que des rapports accablants étaient publiés par les ONG du monde entier, et que des actions souterraines avaient lieu pour endiguer les chantiers. En décembre 20233, une vaste campagne de 50 actions en France et à l’internationale portée par plus de 200 organisations a permis de visibiliser la filière béton et le cimentier Lafarge-Holcim, via des blocages, intrusions, occupations, désarmements, … jamais vus auparavant. Financement du terrorisme, répression débridée et artificialisation sans compter, le géant du ciment demeure un des grands coupables de cette industrie mortifère.
Ce refus de l’accaparement de nos territoires par les bétonneurs se massifie : partout des collectifs d’habitant-e-s se lèvent pour rejeter en bloc ces projets d’aménagement imposés, qui non seulement bétonnent mais amènent toujours avec eux la vision d’un monde toxique pour celles et ceux qui y vivent : pollutions des eaux, des sols, destruction de la paysannerie ou des maillages locaux, conditions de vie et de travail dégradées, …
La carte des luttes du média Reporterre, actualisée en février 2026, recense ainsi plus de 750 de ces combats locaux4 qui se multiplient et s’organisent pour reprendre le pouvoir sur ce qui est fait de nos villages, nos villes, nos campagnes. Car nos luttes permettent un lien politique sur le terrain, des organisations nouvelles et des rencontres plus larges que celles auxquelles nous sommes habitué·e·s. Et elles l’emportent souvent : sur les dix dernières années ce sont plus de 160 victoires qui ont été remportées par ces collectifs d’habitant·e·s, contre des multinationales et des projets gigantesques5 !
Il nous faut maintenant aller plus loin : amplifier nos résistances, nos capacités de réaction et notre entraide en tant que mouvement. Tant face à la montée des idéologies autoritaires et antidémocratiques, qu’à la multiplication des projets imposés et polluants, nous devons construire des territoires en résistance.
De nouveaux conseils municipaux seront élus en mars, mais nous savons bien que nous ne pourrons pas changer les politiques locales sous pression des logiques capitalistes d’aménagement du territoire sans un rapport de force qui rende nos luttes incontournables.
Alors dès ce printemps nous serons là, dans les villes et les campagnes, dans les carrières, dans les champs, sur les futures ZAC ou tracés d’autoroutes, pour en finir avec le monde du tout-béton. Nous serons là pour les stopper, les retarder, les perturber autant que possible, nous massifier et rendre notre opposition incontournable, jusqu’à ce que le coût de leur entêtement soit si élevé qu’ils renoncent !
Ensemble, habitant·e⋅s, naturalistes, collectifs en lutte, victimes des impacts de l’artificialisation, ouvrier·e⋅s et professionnel·le⋅s de l’industrie qui souhaitent travailler avec dignité sans détruire leur santé, organisations syndicales, associations, nous allons faire entendre la voix de nos territoires en résistance.
Durant 4 jours manifestations, actions, affichages, publications, blocages vont se succéder partout pour présenter un front uni face aux projets destructeurs du vivant. Ensemble, passons à l’action du 23 au 26 mai, pour ce qui sera le printemps des luttes locales. Rejoignez-nous !
Malgré les grands engagements de zéro artificialisation et de préservation du vivant le constat est accablant : la France continue de bétonner massivement ses terres agricoles et ses espaces naturels.
Les multinationales et avec elles les préfets, les promoteurs ainsi qu’une partie des maires ont fait le choix de la politique du tout-béton – 24 000 ha bétonnés chaque année pour les bénéfices de quelques-uns.
Alors que la France élit cette année près de 35 000 conseils municipaux, nous savons que bon nombre de ces élu·e·s seront ensuite disposé.es à piétiner les promesses de campagne et les intérêts des habitant·e·s de leurs communes pour servir ceux d’aménageurs ravageurs. Ceux-ci ne comprennent alors que le langage de l’argent et les oppositions de terrain. Nous devons les stopper, les retarder, les perturber autant que possible, nous massifier et rendre notre opposition incontournable, jusqu’à ce que le coût de leur entêtement soit si élevé qu’ils renoncent !
Du 23 au 26 mai : passons ensemble à l’action, fissurons le béton !
Habitant·es, naturalistes, paysan·nes, collectifs en lutte, victimes des impacts de l’artificialisation, ouvrier·es et professionnel·les de l’industrie qui souhaitons travailler avec dignité sans détruire notre santé, organisations syndicales, associations, nous allons faire entendre la voix de nos territoires en résistance. Partout, dans les villes et les campagnes, dans les carrières, dans les champs, sur les futures ZAC ou tracés d’autoroutes, nous allons mettre en lumière les terres menacées et ceux qui veulent les dévorer.
Durant 4 jours, manifestations, actions, affichages, publications, et blocages vont se succéder partout pour présenter un front uni face aux projets destructeurs du vivant. Rejoignez-nous !