Plaidoyers / argumentaires pour vos mobilisations !

Béton/ Extractivisme / Artificialisation

La filière de la construction, autrement dit du BTP, est un des secteurs les plus dévastateurs au monde. Les chiffres qui en découlent dépassent tout ce que l’on peut imaginer. Emissions carbones, extractivisme, artificialisation des sols, destruction de la biodiversité, exploitation des ouvrier-es, accaparement des terres et du foncier pour les intérêts capitalistes des bétonneurs. 

Le secteur engendre plus de 37% des émissions de CO2 mondiales (1). Il repose sur un matériau: le béton de ciment. C’est le plus produit au monde. 4,6 milliards de tonnes sont produites chaque année (2).

 Pour le fabriquer, il faut du ciment, du sable, du granulat et de l’eau. Le sable est la deuxième ressource non renouvelable extraite après l’eau. En France, on extrait l’équivalent de 18 kg par jour par habitant (3). L’extraction en rivière ou en mer provoque l’érosion des berges et des côtes, et a des conséquences irrémédiables sur la biodiversité et sur l’eau. Il faut d’ailleurs laver le sable marin à l’eau douce pour l’utiliser. Ces sites d’extraction ont un impact direct sur les nappes phréatiques et sur les sources d’eau à  proximité. Ces trous servent ensuite de poubelles pour enfouir des déchets inertes – qui ne sont plus inertes au contact de l’eau – considéré comme de la valorisation. 76% des déchets en France sont issus du BTP. Dans la loi ZAN, les carrières – pour extraire puis enfouir – ne sont d’ailleurs pas considérées comme des sols articialisés. Toutes les étapes de la filière sont enrobées d’un vocabulaire greenwashé. Nous ne sommes pas dupes. 

Les sols, les ressources minérales, l’eau, le vivant, sont déplacés, épuisés, troqués, échangés au bon vouloir des bétonneurs. L’artificialisation est une des premières causes de la perte de biodiversité au monde. 50% de la disparition des espèces serait dûe à ce phénomène. 24 000 hectares de terres disparaissent tous les ans en France. 70% de ces sols artificialisés sont imperméables. Et un sol imperméable ne stocke plus de carbone, et aggrave considérablement les risques d’inondations et les îlots de chaleur. 

L’industrie, qui ne peut plus nier la catastrophe en cours, a choisi d’y répondre en s’attaquant au carbone: par des recettes plus ou moins discustables de béton et ciment bas carbone, par une mascarade autour du recyclage, un remplacement des énergies fossiles de leurs fours par des déchets ou encore par des projets de stockage carbone dans les fonds marins. Encore une fois: nous ne sommes pas dupes. Rien n’est fait pour ralentir ou remettre en question l’hégémonie des bétonneurs. Ces multinationales négocient main dans la main avec l’Etat complice. Leurs grands projets d’infrastructures, soit disant dit d’intérêt publics et exceptions à la loi ZAN, vont bétonner plus de 12 000 hectares de terres (à vérifier). 

Pilier du système capitaliste, la filière du béton exploite les sols, le vivant et les corps. C’est un des secteurs qui exploite le plus de travailleur-euses sans papiers, qui engendre 14% des accidents du travail, 16% des maladies professionnelles et 19% des décès. Les lobbys de cette filière continuent de faire pression pour imposer la construction neuve bétonnant des terres et justifiant la démolition de quartiers entiers partout en France. Renouvellement urbain qui n’est autre qu’un renouvellement des habitantes et habitants au profit de la spéculation immobilière et la gentrification. 

Partout en France, des luttes se soulèvent contre cette filière qui est entrain de toutes et tous nous couler. Que cela soit contre des carrières, contre un tunnel, une autoroute, un entrepôt logistique, pour la régularisation de papiers de travailleurs, pour un travail artisanal digne, pour la maintenance du bâti existant, pour réquisitionner des bâtiments vides plutôt que d’en construire, contre un écoquartier qui va bétonner des jardins ouvriers… partout en France, faisons entendre nos voix à l’unissons pour fissurer le béton. 

(1) https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/les-emissions-du-secteur-mondial-du-batiment-restent

(2)(3) https://www.anah.gouv.fr/actualites/faut-il-laisser-tomber-le-beton

Routes

Les projets routiers en France : une impasse écologique et sociale

Partout en France, les projets routiers continuent de se multiplier : autoroutes, déviations, élargissements d’axes. Aujourd’hui, 1,1 million de kilomètres de bitume sillonnent le pays, soit une des pires densités de kilomètres de route par habitant. Et ça continue ! On estime à environ 200 les nouveaux projets routiers en cours ou planifiés, pour un coût de 23 milliards d’euros. À cela s’ajoutent, chaque année, les 13 à 17 milliards d’euros d’entretien du réseau existant.

Artificialisation, pollution et destruction du vivant. Les routes représentent plus du quart de l’artificialisation totale en France, soit 1,28 million d’hectares. Or le changement d’usage des sols est identifié comme un des facteurs majeurs de l’effondrement de la biodiversité, en proie à une sixième extinction de masse. Le transport est aussi le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, à hauteur de 30 % du total national, soit 126 mégatonnes de CO2‑eq. Et la logistique routière en est une part significative : les poids lourds et véhicules utilitaires représentent 47 %, alors que l’alternative ferroviaire émettrait 9 à 14 fois moins que la route. A ceci s’ajoute une mobilisation de matières premières importantes, l’ouverture de carrières dédiées, et donc autant de destruction et de pollution dans les sites où elles s’implantent.

Le bitume est le front pionnier du béton. Dans le sillage des autoroutes, 2 × 2 voies, échangeurs et contournements, des centaines de zones commerciales, entrepôts logistiques et lotissements poussent comme des champignons. À chaque nouveau projet, les terres agricoles, naturelles et forestières reculent. Les routes sont des outils au service d’une idéologie capitaliste qui accélère toujours les flux de marchandises sans limites. Chaque nouveau projet routier est un maillon de la chaîne logistique qui déploie ses tentacules depuis les centres industriels et les ports commerciaux jusqu’aux campagnes. 

Rouler plus vite pour aller plus loin ! À l’image du concept de « désenclavement », les arguments éculés de « fluidité du trafic » et de « gain de temps » sont de purs mensonges pourtant dénoncés par les scientifiques. En effet, le système « tout routier » accroît les distances entre les lieux d’habitation, de travail, de services, de loisirs et de consommation. Autour des villes, il conduit à l’étalement urbain à outrance. En zone rurale, il assèche les bourgs et les villages et fait disparaître les commerces et services de proximité.

Le développement du tout-routier renforce les inégalités sociales. Il nous maintient dans un système technique dont on mesure chaque jour les dégâts. Le modèle impose une dépendance à la voiture individuelle, qui pèse lourdement sur les ménages. L’Alliance écologique et sociale rappelle que les transports représentent déjà 14 % des dépenses de consommation des ménages. Dans les territoires mal desservis, l’absence d’alternatives contraint à posséder un véhicule, voire plusieurs. Les pollutions atmosphériques liées à la proximité des axes routiers et autoroutiers se concentrent dans les banlieues où vivent des personnes déjà fragilisées, et entrainent des maladies respiratoires.

Face au passage en force : la mobilisation citoyenne grandit ! L’aménagement du territoire se décide sans les habitants, sans questionner leurs réels besoins, au mépris de leur histoire et de leur attachement à leur cadre de vie, à leurs paysages. Politiques et acteurs économiques imposent leur vision d’un monde livré à la croissance effrénée et au libre-échange mondialisé. Les enquêtes publiques sont des simulacres de démocratie, et valident même les projets les plus contestés localement. La coalition nationale La Déroute des Routes regroupe une cinquantaine de collectifs citoyens en lutte contre des projets routiers. Chaque année, ils et elles arrachent des victoires qui permettent de limiter la bétonisation galopante et d’imposer un rapport de force.

Stopper les routes, c’est arrêter l’étalement urbain, se laisser la possibilité de relocaliser l’économie, prendre en compte le dérèglement climatique, préserver les terres agricoles, cesser de fragmenter les habitats au détriment de la biodiversité, soumettre l’aménagement du territoire à la démocratie locale, investir dans d’autres mobilités moins inégalitaires et de redonner le choix.

Ces mobilisations prennent des formes variées : recours juridiques, manifestations, occupations de terrain, campagnes d’information. Dans certains cas, elles obtiennent des victoires. A Rouen, la municipalité fait marche arrière pour l’A133‑134 face à la mobilisation ; dans l’Orne, la biodiversité a enterré le projet de D924 dans les tribunaux ; entre Toulouse et Castres, l’A69 est un naufrage sur tous les plans face à la mobilisation acharnée sur tous les plans ; à Strasbourg, le CGO a subi un revers juridique majeur la veille de l’inauguration.

Mais nous devons persister avec force.

Autour de Montpellier, de Nîmes ou d’Arles les projets invraisemblables sortent des cartons, partout dans les campagnes, les élargissements et petits tronçons font se lever des villages entiers. C’est le cas près de Genève où l’A412 menace de détruire zones humides, habitats de castors et terres du Roblochon AOP, mais aussi autour de Valence : les travaux de Saint‑Péray contournent le droit à toutes les étapes à grands renforts de gendarmes.

Fin mai, les luttes contre les routes seront pleinement mobilisées. Ce 2 mai, contre l’A412, une mobilisation a rassemblé des centaines de vélos et tracteurs en pleine enquête publique. Du 14 au 17 mai, à Saint‑Péray la mobilisation « On Fait Pas Le Pont » sera la première action du Printemps des Luttes Locales. Du 22 au 26, les collectifs seront mobilisés pour fissurer le béton lors de la campagne. Et ils poursuivront leurs actions les 30 et 31 mai autour de la Déroute des Routes, de Sud‑Rails et de l’Alliance écologique et sociale lors de la campagne « Moins de Routes — Plus de Train ».

Pour les habitants : il y a déjà trop de routes. Pour les capitalistes : il n’y en aura jamais assez. Ensemble, disons STOP ! Plus un seul kilomètre de bitume ! Ni ici, ni ailleurs !

Data Center

Au printemps des luttes, venez aussi stopper les data centers !  Car lutter contre les infrastructures du numeriques c’est aussi lutter contre l’artificialisation des sols et la confiscation de nos territoires par des interets prives !

En février 2025, le sommet de l’Intelligence Artificielle porté en grandes pompes par le président Macron, annonçait 109 milliards d’euros d’investissements étrangers pour la construction de nouveaux data center en France. Les problématiques écologiques et sociales de ces centres de données sont nombreuses : prédation sur l’eau et l’électricité au niveau local, emballement de l’industrie numérique basée sur un extractivisme insoutenable et consolidation matérielle du capitalisme numérique sécuritaire. Mais ce n’est pas tout : les data center accentuent également les prédations et l’artificialisation de ce qui soutient nos existences : les sols.

Lors de ce sommet, Emmanuel Macron annonçait également avoir mis au travail les services de l’Etat afin d’identifier 35 sites clés en main pour une installation facilitée pour tout porteur de projet.

Ces 35 sites représenteraient cumulés quelques 1200 hectares artificialisés. Quelques mois plus tard, un document fuitait avec 26 de ces sites en cours d’attribution, qui ensemble représentaient déjà 1100 hectares, soit en moyenne 41 hectares par sites. Parmi eux citons le projet de Fouju, où un projet de campus IA ayant pour actionnaire majoritaire un fonds d’investissements Emirati impliqué dans divers scandales autour des cryptomonnaies est en cours d’instruction avec une prise de 70 hectares de terres agricoles, ou encore les 195 hectares achetés par Google dans l’Indre à Etrechet.

Le collectif le Nuage était sous nos pieds a enquêté et lancé une carte participative sur laquelle figurent déjà plus de 350 data center existants et 59 projets, en construction, en cours d’instruction ou annoncés dans la presse. Dans les terres achetées par les compagnies de data center, on trouve d’anciens bâtiments industriels, logistiques et commerciaux – ainsi que de nombreuses terres en friches non bâties ou encore des terres agricoles. C’est le cas des 35 hectares de terres agricoles, dont 11 hectares cultivés en agriculture biologique, achetées par Microsoft sur la commune de Petit-Landau en Alsace.

La plupart du temps ces terres sont dans des régions déjà constituées comme territoires servants où s’accumulent les pollutions et nuisances du capitalisme industriel.

Les lobbies de centre de données comme France Data Center poussent activement à la mise en place de régimes dérogatoires sur la loi Zéro Artificialisation Nette, notamment à travers l’article 15 de la loi de Simplification de la vie économique tout juste votée ou le paquet Omnibus à échelle européenne. Soutenu par le gouvernement macroniste (et largement par le Rassemblement National), ces lois cherchent à ouvrir grand les portes des terres agricoles et naturelles pour ces projets.

Rappelons que pour 1 emploi créé dans un centre de données, il y a en moyenne 24 millions d’euros d’investissement. En termes d’emprise au sol, on estime que la création d’un emploi équivalent temps plein (ETP) se fait pour 10 000 m2 de data center (la moyenne de la création d’emploi par emprise foncière étant de 50 ETP pour la même surface, selon France Nature Environnement). Rappelons enfin que plus les centres de données sont importants, moins ils embauchent proportionnellement – et que l’usage extensif de l’IA détruit par ailleurs massivement des emplois. Les centres de données sont les bases matérielles de l’extractivisme des données, et cherchent à se défaire toujours plus des travailleur.euse.s.

Les centres de données contribuent encore à l’artificialisation indirecte des sols. Premièrement, ils sont des ogres énergétiques. Annoncés par Anne Le Hénaff, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, les besoins de puissance électrique des porteurs de projets de data centers s’élève à 28,6 GW. Cela correspond à la moitié de la puissance du parc nucléaire français. Cette prédation sur la production électrique conduira inévitablement à la pression sur les sols exercée par le nucléaire mais aussi par le photovoltaïque. Elle conduit également déjà à la création de nombreuses lignes à très hautes tensions, postes électriques et autres infrastructures nécessaires au transport d’électricité – pour des usages dont la priorité est plus que contestable. 

Deuxièmement, ils dépendent de chaînes extractives tentaculaires. Or, Cobalt, Coltan, Bauxite, Cuivre, Cassitérite, on trouve plus de soixante métaux ou autres matières précieuses dans les serveurs classiques qu’abritent les data Center. Ce sont autant de mines, d’usines de raffinage, de transformation, d’assemblage qui sont mobilisées. On estime à plus de 17000 sous-traitants à travers le monde les chaînes de productions d’un serveur, reliés entre eux par des infrastructures logistiques, renforçant la destruction des sols à travers le monde. À cela, il faut encore ajouter les décharges internationales d’équipements numériques où s’entassent, entre autres, les serveurs que l’on renouvelle en moyenne tous les deux ans.

Pour finir, les data Centers sont une aubaine pour le secteur du BTP et du ciment. Plusieurs études montent que les data centers deviennent un moteur structurel de l’activité de construction, au vu des résultats records affichés par plusieurs acteurs de la filière dopés par la demande en data centers.

Les raisons pour lutter contre les data centers sont nombreuses : technofascisme, capitalisme de surveillance, santé mentale, militarisation croissante de la tech, impacts territoriaux délétères. 

Pour tout cela, de nombreuses luttes locales contre les data center se lancent en ce moment, et beaucoup vont rejoindre la campagne Fissurer le béton contre l’artificialisation des sols et la confiscation de nos territoires par des intérêts privés ! 

Rdv sur la carte des luttes contre les data center pour les rejoindre : https://lenuageetaitsousnospieds.org/articles/2025-12-11-carte-des-data-centers-des-projets-et-des-contestations-en-france.html 

Et du 23 au 26 mai pour rejoindre leurs actions ! https://printempsdeslutteslocales.noblogs.org/ 

Méga-projets

Depuis les plus hautes sphères européennes, le Réseaux Trans-Européen de Transport (RTE-T) est la feuille de route d’une Europe métropolisée, productiviste et mondialisée. L’objectif est de supprimer les frontières physiques et les distances pour les flux logistiques et touristiques, et de rapprocher toujours un peu plus les pôles productivistes, au détriment des territoires traversés et au profit du monde du BTP. 

En France, trois projets titanesques font figure de proue.

Au Nord de Paris, les travaux commencent sur le Canal Seine Nord Europe, qui espère relier la capitale aux grands ports de la Manche avec un ouvrage hors de toutes proportions, pouvant accueillir des navires gigantesques d’après 2035. 10 milliards d’euros, 2 500 ha agricoles détruits, 300 espèces menacées… : le projet cumule les superlatifs, à deux pas du canal existant.

Son homologue ferroviaire, entre Lyon et Turin, répond aux mêmes logiques avec ici le rêve d’une liaison Espagne-Hongrie et un volet militaire central . Après 25 ans de chantiers sur la section transfrontalière, les vallées sont défigurées par des montagnes de gravats, des usines, bases travaux et des forêts rasées, alors qu’il reste encore trois quarts des 127km du premier tunnel à creuser. Par ailleurs, concernant les tronçons nationaux, des études préliminaires sont en cours et les premiers chantiers sont annoncés pour 2028.

Entre Bordeaux et Toulouse, le GPSO (Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest) est un « corridor » imaginé pour relier le Portugal à l’Allemagne. Alors que, les deux grandes métropoles ont déjà démarré les chantiers pour préparer l’arrivée du projet, le reste des chantiers, sur les plus de 300km de lignes nouvelles pourraient bientôt commencer si les financements sont trouvés. Une deuxième phase du projet est redoutée dès 2030. Elle relierait l’Espagne par Dax où les travaux de LGV sont sur le point de se terminer.

Développer les artères de l’Ogre logistique

Ces méga-projets sont la locomotive du productivisme. Les flux sont au coeur de la méga-machine logistique et urbaine : l’augmentation des réseaux de transports tire mécaniquement la demande à la hausse avec un principe de trafic induit. Sur chacun de ces projets, des voies existantes proposent déjà une offre de mobilité conséquente et des marges significatives. Il ne s’agit donc de report modal, ni de « verdissement » des mobilités mais bien de doper la machine à artificialiser et produire.

Ainsi, chacun de ces chantiers en entraineraient tant d’autres pour prolonger les méga-ouvrages au nom de l’égalité des territoires dans la concurrence métropolistique. De nouveaux sites industriels, de nouvelles zones urbanisées, de nouvelles routes : le mythe de la croissance infinie au prix des corps et des territoires manipulés commes de simples moyens de production.

Au delà de la logique, les impacts immédiats sont eux aussi titanesques. Alors que l’urgence est à la résolution de la crise climatique et sociale, les milliers d’hectares artificalisés, les centaines d’exploitations agricoles impactées, les tarissements des sources ou pompages de canaux, les centaines d’espèces menacées et millions de tonnes de CO2 émises sont une hérésie. 

Les investissement public sont titanesques et se font au dépend de la santé, de l’éducation, de la solidarité ou d’une véritable politique sociale en matière de transports. Les budgets grossissent sans cesse à mesure que des retards de plusieurs décennies s’accumulent. Même le très motivé Conseil d’Orientation des Infrastructure ne résiste pas au vertige des ces trois projet dont il pointe les difficultés de financement et le manque de pertinance. En parallèle, le fret ferroviaire est méthodiquement démentelé en France et en Europe avec la fermeture de lignes ou de gares. Sur le Lyon-Turin existant, l’autoroute ferroviaire a été fermée et partout les petites lignes voyageurs suivent la même tendance au bénéfice du tout voiture. 


Une résistance ancrée et déterminée

La colère gronde le long du chantier du canal Seine-Nord Europe. Du Nord au Bassin Parisien, les forces convergent. A l’automne 2025, plus d’un millier de personnes, y compris des scientifiques et des élu.es, sont venues manifester leur opposition au projet dans une ambiance joyeuse. Un prochain rendez vous est déjà donné les 9-12 juillet 2026 en Picardie : les habitant·es s’allient à la vivacité des martin pêcheurs et des rainettes pour mettre fin à ce projet destructeur !

Entre la France et l’Italie, la résistance persévère depuis des décénnies, avec le mouvement italien No TAV qui rassemble largement le milieu militant italien autour de grandes manifesations, comme à Venaus en 2005, et de plusieurs Présidios, lieux de lutte et de rassemblements. Coté français, la lutte est plurielle à l’image du tracé : collectifs citoyens et batailles juridiques cohabitent avec des collectifs d’actions plus directes, comme un événement avec les Soulèvements de la Terre en juin 2023, des blocages en Maurienne ou des incendies de carrières ou d’engins. Aujourd’hui, la lutte continue avec les festivals Gare O Tunnels les 28-29 juin 2026 dans le Nord-Isère et l’Alta Felicita en juillet dans le Val de Suse, et le début d’une mobilisation de terrain face à l’arrivée imminente des premières machines sur le tronçon français, jusqu’ici épargné.

Dans le Sud-Ouest, la lutte est menée conjointement par l’inter-orga LGV NonMerci entre Bordeaux, Dax et Toulouse, qui fédère plus d’une dizaine d’organisations sur les 300 km du tracé. La bataille se situe essentiellement sur la communication pour faire connaitre les impacts du projets, mais également sur la partie juridique avec des recours en cours. Un acte des Soulèvements de la Terre a eu lieu en Octobre 2024 en sud Gironde. D’autres groupes plus autonomes tentent d’oeuvrer directement sur le terrain, comme la Guiguette Vaillante, ZAD au Nord de Toulouse de multiples fois expulsée, qui veille sur un groupe d’arbres menacés par l’aménagement préalable à la LGV.

Pour les printemps des luttes locales, ces trois luttes seront pleinement mobilisées en lien avec leurs actualités très marquées et pour faire trébucher ces projets titanesques !

Rejoignez la campagne
https://www.lgvnonmerci.fr/
https://stopaulyonturin.fr/ 
https://linktr.ee/megacanalnonmerci
https://contrelecanal.noblogs.org/ 

Carrières

Dans les carrières nous sommes passés de l’extraction à l’extractivisme, du prélèvement à l’accaparement. Une multitude de petites carrières contribuaient à la construction d’habitats locaux, habitats variés et adaptés. Les transports étaient courts et les traces de l’extraction pouvaient être belles quand on laissait la nature reprendre ses droits. Mais ce modèle où l’on prend soin du milieu dans lequel on exerce n’existe plus. Dépossession du territoire, de nos sols et sous-sols, dépossessions des savoirs locaux, de la singularité des habitats, du touché de la matière :désormais de grandes entreprises du BTP raclent tout.

Arraisonnement de la matière, on ne tient même plus compte de son agentivité, elle est broyée puis agglomérée, coulée sur les sols ou emmurée. Les carrières, ce sont les berceaux de l’artificialisation des sols, de la bétonisation, et les tombeaux de nos excès. Après avoir épuisé la ressource, on met dans les excavations les déchets du BTP. Le capitalisme a faim, les carrières servent de mangeoires et de litières .

En France, 380 millions de tonnes par an de granulat (gravier, sable) sont produits. En retour de refoulement 240 millions de tonnes par an de déchet du BTP sont générés et seul un tiers est recyclé (valorisation) , un tiers part en carrières au titre de l’aménagement (on parle aussi de valorisation) et un tiers part en carrière mais au titre de l’élimination. Cet exercice comptable permet ainsi à l’Etat de répondre aux directives européennes de 70% de valorisation en mettant tout dans le même sac. Le déni est un enfouissement.

Des carrières naissent aussi toutes les pollutions imaginables : émissions de bruits et de poussières, séismes déclenchés par les tirs de mines, destructions de la biodiversité, pollutions des sols et des eaux, altérations des circuits hydriques, pollutions par le trafic routier volumineux, par les produits dérivés tel le ciment et par l’artificialisation des sols, pollutions par les déchets du BTP qui y sont déposés… C’est du lourd.

Des terres sont décapées de leur humus, de leur couche de vie pour laisser place à des carrières, gravières, sablières. Pour recevoir leur production, d’autres terres seront à leur tour décapées. Des constructions et des démolitions. D’incessants trajets, à l’aller du granulat et au retour du gravats. Des trous et des comblements. Ces graviers, ces sables qui constituent les flancs de montagne, les lits de rivières, les sols terrestres ou marins sont ainsi trimballés. Les routes usées par ces chargements font le bonheur de ces entreprises qui auront à les recharger de leur matière morte . Capitalisme circulaire.

En France, 50 000 hectares de carrières vont ainsi produire 24 000 hectares de surfaces bétonnés par an. Les autoroutes démarrent dans les carrières et ne mènent pas à grand chose. La réduction de l’artificialisation n’a de sens qu’à baisser le robinet des carrières. L’extractivisme, le productivisme, le consumérisme s’aliment, se surexcitent mutuellement.

Et cela se termine mal: fini les aménagements de carrières, le machinisme permet de creuser encore plus profondément ou plus largement, et dorénavant le comblement par des déchets suivi par une couche en surface de parcs photovoltaïques semble être le point final. Ce qui a été pris n’est plus rendu à la nature.

Des solutions sont possibles : Entretenir, réhabiliter les bâtiments, déconstruire au lieu de démolir, utiliser des matériaux biosourcées, repenser l’aménagement du territoire et l’architecture, privilégier un habitat durable ou léger, réutiliser les matériaux, recycler les déchets du BTP. En bref, éviter la prédation et la détérioration.

Des associations militent contre des ouvertures, renouvellements ou extensions de carrières, une quarantaine d’entre elles ont rejoint la coalition Fin de carrière. Cet objet carrière reste méconnu , caché par des merlons, activité assourdissante tue par les médias, enfouie par les syndicats et lobbyistes de l’industrie extractive, pourtant elle se marque dans nos paysages, dans l’actualité. Comment ne pas voir dans ces guerres tous ces champs de ruines, il en faut des productions minières pour détruire, comme il y aura besoin de carrières pour reconstruire. Guerre économique, économie de guerre, à qui profite le crime, Lafarge et consort, les grandes industries extractives sont prêtes.

Nous voulons un avenir, pas une carrière.
Nous appelons à rejoindre le Printemps des luttes, à fissurer le béton avant même sa production, pour ne pas que la Terre craquèle de toute part.

Fin de carrières

Centrales Photovoltaïques

« On va vous louer le volume d’air au dessus de vos terres »1. Tel est le pipeau d’ un commercial afin de placer des tonnes de métal connectés sur des terres agricoles et naturelles. Cette rhétorique de la non artificialisation des centrales photovoltaïques, voire de la renaturation qu’elles permettraient, accompagne le déploiement de ces immenses zones industrielles. Une sémantique aujourd’hui reprise dans la Loi Lecamp, portée par la FNSEA. Mais, pire encore, pour justifier la destruction de milliers d’hectares de forêts par le photovoltaïque, les lobbyistes expliquent qu’afin de réduire les émissions carbone, mieux vaut défricher et installer des panneaux. C’est dire leur audace.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie fait seulement mine de ralentir ce déploiement. Avec un objectif entre 9,8 et 21,8 GWc d’ici 2035 pour les installations « au sol », c’est 55 000 hectares de terres agricoles naturelles et forestières qui pourraient être nouvellement impactées dans les 8 prochaines années. Soit 5 fois la surface de la capitale3. Car en effet, « 5 GW équivaut à équiper l’équivalent de la surface de la ville de Paris [et] l’artificialisation totale ou partielle d’espaces naturels, semi-naturels voire agricoles affecte les fonctions régulatrices, notamment climatiques, et la biodiversité de ces écosystèmes » constate sévèrement le CNPN quant à ces centrales, au point qu’il en exige l’interdiction sur ces espaces4. La plus haute instance administrative compétente en matière de biodiversité précise même que « dans le contexte d’érosion rapide de la biodiversité (…) 110 000 ha [scénario pour 2050] de milieux naturels ou semi-naturels constituent une pression très élevée ». En effet, cela correspond « à la moitié de la superficie de l’ensemble des réserves naturelles de France hexagonale »5. D’autres scénarios sont encore plus inquiétants6. Dès 2022 le Ministère de la Transition expliquait qu’il fallait recouvrir entre « 0,2% à 0,4% du territoire » ce qui représente le département des Yvelines7. Quant au lobby de Chrtistian Dupraz, France agrivoltaïsme, dirigé par la FNSEA, il plaide pour recouvrir 1% des terres agricoles soit 267 000 hectares8.
Pourtant, afin de sortir du nucléaire et des fossiles, voire correspondre au scénario le plus ambitieux de RTE en terme de renouvelables, nul besoin de toucher un seul hectare. Le CNRS9 ou le Centre Commun de Recherche (CCR) de la Commission Européenne mettent en évidence que le potentiel solaire sur des zones déjà artificialisées est suffisant. C’est ainsi qu’en Europe 10 000 kilomètres carrés y sont propices. Pour la France, le potentiel en toiture est de 360 GWc, couvrant donc 100% de la consommation actuelle totale d’électricité10. Et ce sans compter les parkings, routes, friches industrielles…

Cela relève de l’évidence : selon l’Ademe, « les centrales photovoltaïques [sont] des sites industriels»11… qui coûtent environ 1 million d’euros à l’hectare. Des sommes colossales qui permettraient largement d’installer les panneaux ailleurs. Et malgré une décennie de marketing promouvant « l’agrivoltaïsme »12, ses soi-disant merveilles pour l’agriculture, l’INRAE, pourtant ardente partisane de ce déploiement, alerte : « les agriculteurs cesseront de cultiver, et on aura in fine artificialisé des terres agricoles et réduit la production agricole »13. Car cette arnaque permet uniquement la « synergie » entre l’agro-industrie et les industriels de l’énergie. Le CNPN décrit amèrement la destruction des espaces engendrée par une centrale photovoltaïque, qui nécessite « un terrassement, une base chantier, (…) des réseaux électriques dans le sol, (…) plusieurs postes de transformation sur le site, l’installation d’une clôture ». Sans oublier les caméras et « d’éventuels fossés de drainage et un raccordement électrique vers le poste source le plus proche », ainsi que « la création de plus 5 voire 10 ha de pistes ». Il dénonce aussi la « destruction d’habitats naturels, induisant une compaction forte du sol ». Par ailleurs les socles en béton sont « une artificialisation du sol (un tiers à un demi-mètre carré de béton par pieu correspond souvent à plusieurs centaines de mètre carrés bétonnés) en considérant les milliers de pieux pour une centrale photovoltaïque ». Et de conclure que « la majorité des centrales photovoltaïques au sol constituent une artificialisation des sols »14. Un rapport parlementaire rappelle même que « le développement de l’agrivoltaïsme [avec] la pose de panneaux photovoltaïques artificiels (…) contribue également à réduire les surfaces cultivées et constitue en cela une forme d’artificialisation des sols ».

15 Distinction artificielle entre le noble « agrivoltaïsme » et le vulgaire « photovoltaïque au sol », création d’ombre principale et d’électricité à titre « secondaire », et non-prise en compte des centrales dans l’artificialisation : tels sont les trois leviers rhétoriques à l’œuvre. En 2023, un décret16 de la loi climat et résilience, permet que le photovoltaïque sur les terres ne soit plus compté comme relevant du dispositif Zéro Artificialisation Nette. Pour cela rien de plus simple : avoir « un couvert végétal adapté » ; prétendre que l’installation est « réversible » ; et jurer qu’il y’ aura maintien d’une « vocation » des terres agricoles. Comme si cela ne suffisait pas, les industriels bénéficient d’autres dérogations : un mètre dix sous les panneaux, deux mètres entre les rangées17, et des socles en béton de moins de 1 mètre carré, ainsi que des grillages non occultants. Et bien, c’était déjà trop contraignant pour les défenseurs de la vertu agrivoltaïque. C’est ainsi qu’un Arrêté18 permet finalement à ces centrales, pourtant vendues comme respectueuses de l’agriculture, d’être exonérées des critères objectifs précédemment énumérés. Sur le papier, les panneaux agrivoltés peuvent donc toucher le sol, y enfouir des socles en béton supérieur à un mètre carré, avoir des pistes imperméables et grillages occultants avec base maçonnée, etc.

Ceux qui se targuent encore d’écologie pour justifier ces constructions, essayent de faire oublier que cette violente déferlante repose uniquement sur la misère du monde agricole. Car si les revendications des organisations défendant l’agriculture paysanne étaient mises en œuvre, pas un seul cultivateur, pas un seul éleveur, n’accepterait ces tonnes de métal. Le déploiement de ces centrales, faisant ruisseler des millions d’euros, est une des façons d’acheter la coopération de la FNSEA et de la Coordination Rurale, et dans un contexte de baisse des dotations, celle de beaucoup d’élu.es. Cette attaque frontale contre l’agriculture paysanne19 et la biodiversité est accentuée par la rencontre entre le « numérique, génétique, robotique » de Macron et le lobby France agrivoltaïsme20. Mais malgré quinze années de rabâchage rhétorique, aujourd’hui seuls quelques techno-solutionnistes restent encore sous le joug de cette illusion.

Face à qui, fièrement, de tracts en sabotages21, et une centaine de luttes victorieuses22, plus de 400 organisations23, des milliers d’habitantes et riverains, des paysannes et paysans, créent tous les jours et sans préavis, les prémisses de tempêtes, emportant l’arnaque de «l’agrivoltaïsme» dans les latrines de l’histoire .





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